ESBA Le Mans Expositions J’ai posé le monde sur la table

J’ai posé le monde sur la table

Exposition, du 18 janvier au 17 février 2018.

J’ai posé le monde sur la table est la première phrase d’un livre de René Daumal, Mugle.*
Pourtant, dans le projet de cette exposition, à aucun moment, il ne fut question d’un hommage à cet écrivain. Rien de surréaliste, justement, rien non plus d’une mystique généreuse du Grand Jeu que l’écrivain pouvait soutenir. Par contre, comme lui à 18 ans lorsqu’il écrit cette phrase, ce désir orgueilleux sans doute, de tenir devant soi, l’ensemble du Monde, de pouvoir sous sa main, sous ses yeux le regarder franchement, comme de la même hauteur.
Il était question pour cette exposition de trouver entre deux catégories d’observateurs de ce Monde, Giorgio Morandi et les Becher, ce qui rassemble ceux qui, avant de poser un jugement sur la réalité, trouvent d’abord nécessaire de la regarder.
L’ensemble des artistes invités ici sont de ceux-là, de ceux qui veulent saisir ce qui dans la présence forte de ce qui nous est extérieur, finalement, fabrique une proximité, une intimité avec celui qui regarde.
Certains de ces artistes travaillent seuls, certains travaillent sous des contraintes qu’ils se donnent, d’autres sous les contraintes de la commande publique ou industrielle, d’autres encore descendent en bas de chez eux et croient simplement que ce qui est là doit être retenu avant sa disparition. Une sorte d’inventaire.
Alors souvent, dans ce désir de tenir, ils travaillent par séries car le Monde dans sa variété demande, pour trouver un sens et surtout pour ne pas se noyer sous la variété infinie des différences, à être rangé, organisé, en quelque sorte aussi inventé.
C’est souvent le collectionneur qui invente son objet de collection, qui le catégorise, qui fonde soudain depuis son monde la certitude que cet objet est une typologie.
Mais classer le Monde, le regarder sous les pulsions tenues des objectifs (photographiques ou sériels), tout cela pourrait donner des travaux vidés de toute humanité comme si ces objets prenaient toute la place. Ici, ce n’est pas le cas. Ici, dans le creux des absences ou dans la franchise amusée et troublante des gens, les artistes de cette exposition ne nient pas cette présence de l’altérité. Ils sont souvent attentifs aux échelles des objets industriels, à la distance nécessaire de l’œil pour saisir une totalité, à la matériologie d’un mur ou, bien entendu, aux secousses de la lumière sur un épiderme. Pourrait-on dire qu’ils aiment leur Monde ?
Ils rencontrent, c’est toujours mieux que de ne faire que rendre compte.
Mais pour dire ce Monde, il faut trouver les outils nécessaires et justes et chacun s’invente alors sa méthode. Beaucoup de photographies car la photographie saisit, mais aussi du dessin lithographique, de la peinture et de la vidéo. Aucune des qualités, aucune des interrogations soulevées par eux n’est niée. Le réalisme et le doute de sa vérité, la mécanique des images et sa jubilation, la matière qui transcende, tous servent un but à atteindre, un désir qui rejoint René Daumal finalement, une manière d’être vraiment au Monde, une lucidité, voir une extralucidité.
David Liaudet

* Mugle, René Daumal, éditions Fata Morgana

 

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